jeudi 5 mai 2011

Du temps d’écrire, du temps de vivre et des ficus étrangleurs.

Ce qui est rageant lorsqu’on est auteur-artisan, c’est qu’on ne dispose que de peu de temps pour écrire et que le temps que l’on passe à noircir des pages, on le retire à ses proches. J’ai déjà évoqué ce problème sur mon ancien blog http://ecritsetchuchotis.blogspot.com/2009/02/sortir-ou-ecrire-il-faut-choisir.html mais entre le travail, la famille, les inévitables corvées domestiques, le maintien à minima d’une vie sociale…, il ne reste que quelques poignées d’heures pour rédiger sa Grande œuvre !
Venir à bout d’un roman relève donc du marathon mental et de l’ardente discipline. On part plein d’enthousiasme et d’énergie et au bout de quelques semaines … pffff… pffff…. on commence à s’essouffler.
On regarde le nombre de signes acquis et ceux restant à écrire et c’est démoralisant !
« 600.000 signes pour un roman de 300 pages et je n’en suis qu’à 100.000 ! Putain, je n’y arriverai pas ! C’est impossible ! D’abord, pourquoi est-ce que je m’inflige cette torture, alors que je serais si bien à faire la grasse mat’, à bouquiner en écoutant de la musique ou à me balader ? »
Pourquoi ? La réponse est complexe et varie selon chacun. Je me garderai donc bien de faire de mon cas personnel une généralité. Mais à minima, il faut de la passion. C’est à grâce à cet ingrédient que le temps d’écrire devient aussi le temps de vivre !
Parfois, malgré tout, en cours de route, la lassitude s’installe et on a envie de passer à chose. De changer de sujet. C’est le piège : tout commencer et ne rien achever ! Certains de mes amis auteurs (salut Cyril !) parviennent à mener de front plusieurs projets. Pas moi. Je le regrette. J’aimerai bien passer, sans troubles de l’inspiration, d’un thriller à une épopée de Fantasy ou à un récit pour ado.
La première victoire pour un écrivain est donc d’arriver au terme de son livre. La seconde – couronnement suprême - d’être publié.
Mon nouveau roman avance à un bon rythme. Pour l’instant, je n’éprouve pas de lassitude, mais je n’ose interrompre ma lancée, regarder en arrière ou laisser mes pensées vagabonder dans d’autres directions.
Trop dangereux !
Un simple petit germe planté dans un coin du cerveau peut pousser et grandir jusqu’à prendre toute la place et phagocyter le projet initial ! Comme le fait le figuier étrangleur avec les arbres les plus massifs.
Je reste donc concentré. Je surveille mon souffle et ma foulée. Je mesure mon rythme cardiaque. Faudrait pas que je m’effondre sur le bas côté !
C’est bon, pour l’instant je tiens, le regard fixé sur l’horizon.
- Dis papa, c’est encore loin les 600.000 signes ?
- Tais-toi et écrit !   

5 commentaires:

  1. Je n'aurais pas pu le dire plus justement !
    Et le pire c'est encore de ce lever un beau matin en ce disant, merde, aujourd'hui c'est le boulot qui sera ma distraction... pourvu que je ne perde pas le fil de ma pensée pour les prochaines 12 h et que j'ai encore assez de pêche pour plancher dessus ce soir...
    Une chose est sûre: nos familles sont en or, ce n’est pas toujours facile de supporter le papa qui s'enferme tous les soirs dans son bureau, qui se couche à 3h du mat le week-end et qui grappille les moindres petites heures à rester enfermer...
    Mon petit dernier, je ne crois pas que j'aurais tenu si j'avais dû garder le rythme soirées + WE. J'avais besoin de le voir avancer plus vite, j'ai donc artificiellement transformé le marathon en course de semi-fond, mais je n'aurais pas toujours 3 semaines de congés à vidanger de la sorte...
    Un bouquin par an ? OK, mais jusqu'à quand ? Parce qu'un jour, j'aurais surement besoin de me reposer... Bon allez, faîtes pas attention c'est la dépression post-partum qui parle, encore des semaines de réécriture devant moi, et plus de vacances cette fois... C'est dommage, car si ce petit décrochage m'a apprit quelque chose; c'est que j'ai trouvé mon rythme. Avoir le temps fait toute la différence, je pourrais aisément m'habituer ;-)

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  2. "Avoir le temps fait toute la différence", c'est là, la plus exacte vérité.

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  3. Allez va, un jour on en rigolera.
    Et puis sinon, au pire, on l'aura fait au lieu de juste en rêver, c'est déjà plus que beaucoup d'autres ;-)

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  4. Et bin, dites donc, ça m'a l'air bien compliqué tout ça...
    WV.

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  5. Ce n’est pas que ce soit compliqué, mais c'est parfois un brin existentiel (mais c'est simple l'existence... ça joue juste un peu sur les nerfs ;-)

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