mercredi 15 juin 2011

Comment être publié : beaucoup ténacité, un peu de talent et beaucoup de chance !

Pour un écrivain de nouvelles francophone, les débouchées sont rares, les revues de qualité peu nombreuses et on en a vite fait le tour.
C'est d'ailleurs pour cette raison que je me suis lancé dans l'aventure du roman avec à la clé le prix du jury du roman de l'été 2009 du magazine Femme Actuelle pour "Les fantômes du Panassa". (petit rappel pour ceux qui prendraient mes blogs en cours)
Depuis plusieurs années, je rêvais d'être publié dans la revue canadienne Solaris, revue légendaire de SF et de Fantastique (peut-être la plus ancienne revue professionnelle francophone en activité) qui, ça ne gâche rien, rémunère ces auteurs.
Eh bien, c'est chose faite !
Ma première tentative date de 2008, si j'ai bonne mémoire. Je leur avais adressé trois textes de SF (à cause de son nom, je croyais à l'époque que la revue ne publiait pas de Fantastique) qui avaient été tous rejetés (pour info : deux ont été plus tard retenus par la revue Lunatique).
L'intérêt avec Solaris, c'est que le rédacteur en chef n'est pas avare de ses observations. C'est suffisamment rare pour mériter d'être souligné, quand la plupart des autres revues, même gérées par des amateurs, vous laissent sans réponse ou, pour celles qui veulent se la jouer sérieux, vous envoient un formulaire type avec une petite croix dans une case : texte trop court, ne correspond pas à notre ligne éditoriale, n'est pas de la science-fiction...
Un vrai retour, d'un vrai rédacteur en chef, c'est instructif mais parfois (souvent) ça fait mal. Pour faire court, il trouvait mes textes bien écrits mais singulièrement datés et me conseillait pour conclure de lire de la SF d'aujourd'hui. Ouch !
C'est après ce camouflet que j'arrêtai définitivement mes tentatives pour écrire de la SF.
Le temps passa et en janvier dernier pour me remettre en selle littéraire, j'écrivis plusieurs nouvelles. Parmi celles-ci, quelques unes étaient fantastiques.
Je décidai donc de tenter une nouvelle fois ma chance chez Solaris qui, comme je l'avais découvert entre temps, publiait aussi du Fantastique. Deux nouvelles. L'une, efficace et directe, lorgnait vers Clive Barker (enfin, selon moi) et l'autre, plus intimiste et ambiguë, que je préférai nettement, intégrait un thème classique du fantastique dans un univers urbain et le reliait à des problèmes de société.
La réponse de Solaris me parvint en mai dernier. Une réponse qui commençait par "Vous écrivez bien. Langue, dialogues, décors, construction du récit: tout est en place et c'est déjà beaucoup", mais qui se terminait par "Je dois cependant vous décevoir car je ne les accepterai pas pour publication dans Solaris."
Maudits Québécois !
Les portes de Solaris, Shangri-La de la SF et du Fantastique francophone, se refermaient une nouvelle fois sous mon nez.
Mais c'était compter sans ma bonne étoile !
Quelques heures à peine après avoir reçu ce courriel démoralisant, j'en reçus un autre du même directeur littéraire.
Il m'expliquait que le comité littéraire de la revue s'était réuni et qu'il restait un trou à combler dans le sommaire du numéro d'été. Embêtant.
Il s'était alors souvenu qu'une de mes nouvelles qu'il venait de refuser, n'était pas si mal que ça et il s'en ouvrit aux éminents membres du comité.
Aussitôt, celui-ci demanda à lire le texte et trouva bien sévère le jugement.
Un nouveau message électronique, un brin gêné, me fut donc adressé pour me demander si j'étais d'accord pour que mon texte soit publié dans le prochain numéro de la revue.
Si j'étais d'accord ? Un peu mon neveu ! Et pas rancunier, non plus !
Et c'est ainsi que "Scène de crime", le texte d'inspiration "Clivebarkienne", se retrouve au sommaire du prochain numéro de Solaris. le 179ème du nom.
Elle est pas belle la vie ?
Je tire de cette aventure deux enseignements :
1) un texte (nouvelle ou roman) peut être jugé insuffisamment bon par quelqu'un et très bien par une autre
2) la chance à toute sa place dans l'affaire

Mais pour la conclusion, je préfère laisser la parole au rédacteur en chef de la revue Solaris lui-même qui dans son message de refus initial avait précisé : "Ce serait trop facile de tracer la ligne de démarcation entre les textes publiables de ceux qui ne le sont pas. Dans les faits, le couperet doit s'abattre au sein des textes qui, peut-être, en d'autres circonstances, auraient pu trouver leur place dans la revue."


Un homme avisé et clairvoyant que celui-là ! 

4 commentaires:

  1. Oui, la revue Solaris est très sérieuse dans ses choix (et aussi, ce qui est tout à fait normal, très "canadienne" dans sa sélection).
    Bravo, ce n'est pas une porte facile à franchir que celle-ci !

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  2. Tu as tout compris. C'est bien pourquoi j'attache un prix très particulier à mes publications outre-atlantique.
    néanmoins, sur ce coup-là, j'ai été plutôt veinard (après avoir été "véner") !

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  3. Eh bien, bravo pour cette publication, et merci de nous faire partager ces pérégrinations éditoriales (et pleines de veine, donc). La route suivit par certains textes est quand même bien amusante, la preuve!

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  4. Ouais ! Je me demande si je ne devrais pas tenter ma chance au Loto !

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