lundi 21 octobre 2013

Carnet de retour au pays natal (vendredi)

Les retours au pays ne sont pas toujours triomphaux. On s’imagine arpenter la voie royale – plus prosaïquement la Grande Rue dans le cas de Saint-Etienne – pavée de pétales de roses, sous les ovations d’une plèbe enthousiaste, la tête ceinte d’une couronne de laurier, or on titube sous le poids de son sac à dos, dans l’indifférence générale, sous un ciel d’octobre, la nuque raide et le front moite.
Après un voyage en compagnie de l’ineffable Nelson « Jésus » Monfort, je retrouvai les rues de mon enfance, celles-là mêmes foulées par Christophe Chalier, mon héros des « Fantômes du Panassa ». J’arrivai sous le grand chapiteau de la Place de l’hôtel de ville et me dirigeai aussitôt vers le stand de la Librairie de Paris (LdP) qui une nouvelle fois m’accueillait. Là, j’eus la désagréable surprise de découvrir qu’aucune foule impatiente ne m’attendait en scandant mon nom et en chantant des cantiques et des louanges à ma gloire.
Sur la table, juste en dessous de mon nom écrit en blanc sur rose, étaient posés quelques livres qui provoquèrent une brusque accélération de mon rythme cardiaque. En effet, il n’y avait là qu’une poignée de « Mortelles attractions », mortellement esseulés. Où donc étaient mes deux autres opus, ces chefs d’œuvre intemporels, ce socle inébranlable sur lequel j’entends bien bâtir toute mon œuvre future ? Je m’en enquerrai poliment mais fermement à Isabelle, l’efficace, toujours disponible, charmante et sympathique représentante de la Librairie de Paris (Je vous assure qu’Isabelle regroupe toutes ces qualités et bien d’autres, ce qui est excessivement rare chez une fe… un être humain) Avec un petit sourire navré, elle m’apprit, d’une part, que « Les Fantômes du Panassa » étaient épuisés et, d’autre part, qu’elle n’avait pas reçu sa commande d’une quinzaine d’exemplaires de « Triades sur Seine ». Après quelques borborygmes de circonstance, je me tournai hagard vers la maigre pile de « Mortelles attractions » dont mon cher public allait devoir se contenter. Quelle affreuse situation ! Quelle tragédie !
Dieu merci, Isabelle est une femme prévoyante (Encore une qualité ! Elle est incroyable, non ?) : elle avait gardé une douzaine d’exemplaires de « Triades sur Seine » de mon précédent passage à la LdP. Le problème, murmura-t-elle, c’est qu’elle ne savait pas où elle les avait rangés. Elle me promit cependant de se lever à l’aube à l’heure ou blanchit la campagne, le lendemain, pour les retrouver.
Plus inquiet que rassuré, l’oreille basse et le moral davantage encore, j’appelai un ami et noyai avec lui ma déception dans l’alcool et la pizza aux anchois. Quelques heures plus tard, ivre de Chianti, je sombrai dans un sommeil agité, peuplé de fans en colère qui, privés de leur ration de nouveauté, menaçaient de me lyncher ou d’écrire sur mon corps un énième « Livre de sang ». J’en émergeai en hurlant le samedi matin, le visage marqué par mon oreiller et non pas par une plume vengeresse, avec la certitude que la journée qui débutait ne pouvait être qu’abominable !
(A suivre)

3 commentaires:

  1. Me voilà tenue en haleine, ça me semble presque un début d'histoire, cette aventure là!!!
    WV

    RépondreSupprimer
  2. Très bien raconté mais le retour au pays natal ne te réussi pas.. peut être que l'année prochaine ces déboires ne se reproduiront pas.. dommage que nous n ayons pu se voir.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Attends de voir la suite ! Y'a un happy end au programme !

      Supprimer