lundi 4 avril 2011

La bande dessinée aux enchères !

Délaissant le clavier de mon ordinateur, j’ai participé samedi dernier à un rendez-vous exceptionnel : une vente aux enchères consacrée exclusivement à la bande dessinée. Ca se passait chez Artcurial au 7, Rond-Point des Champs-Élysées à Paris.
Ayant découvert la manifestation sur le tard dans la presse, j’y allais en simple curieux, sans avoir au préalable feuilleté le catalogue. Une erreur à ne pas commettre, car une vente cela se prépare !
Ayant cependant réussi à m’en procurer un sur place, je constatai vite que la part consacrée aux comics (mon domaine de prédilection) était réduite à sa plus simple expression. Une petite poignée de pièces perdues dans un catalogue aux dimensions d’un annuaire d’une ville de province. Les œuvres proposées n’avaient, en outre, rien d’exceptionnel même si plusieurs grands maîtres du comic book étaient représentés.
Une planche des Fantastics Four par Jack Kirby est partie à 1900 euros. Une autre du Silver Surfer de 1969 par John Buscema à 1800 euros, une couv du même Buscema pour Ka-zar, inexplicablement sous évaluée à 400 – 500 euros, est partie à 1500 euros.
Un Bernie Wrightson a été emporté à 900 euros et deux planches de Gene Colan sur The Avengers, du début des années 80, pas extraordinaires, ont été acquises aux alentours de 200 euros. Pour l’une, au moins, j’ai regretté de ne pas avoir levé la main !
Dans le domaine underground deux œuvres de Crumb sont parties à 7000 et 24000 euros.
The Spirit de Will Eisner à 21000 euros.
Mais le bijou, selon moi, était cette magnifique planche de Tarzan de Burne Hogarth (La référence !) datant de 1945 qui est partie pour la modique somme de 9500 euros.
« Modique ! » vous écriez-vous.
Ben oui, modique. Très modique même ! Les planches de comics, même de pointure comme Hogarth, Kirby, Buscema, Colan sont très loin d’atteindre les prix auxquels s’arrachent les œuvres européennes, même récentes. Le fossé qui les sépare n’est pas seulement grand, il a la dimension de l’Atlantique. Que l’on juge plutôt : dès le débuts des enchères une couverture de Bilal est partie à 94000 euros, une autre à 48000 euros. Une case, oui je dis bien une case du même Bilal est partie à 56000 euros. Jean-Claude Mézières et son Valérian et Laureline entre 18000 et 24000 euros. Franquin a lui aussi atteint de belles hauteurs avec une page de Spirou et Fantasio qui s’est arrachée à 46000 euros et une autre de Gaston Lagaffe (superbe) à 21000 euros. Un dessin d’Hergé 10 x 11 cm, est parti au prix amical de 3200 euros. Ses personnages dessinés par les studios (et non par lui !) sont partis entre 600 et 1500 euros. Un visage d’Astérix par Uderzo, 12,7 x 9,5 cm, à 800 euros. On est là dans un autre univers. Alternatif.
Les ventes de planches et d’aquarelles du géant Hugo Pratt ont enthousiasmé la salle (de 10000 à 26000 euros) celles de Moebius (de 1000 à 8500 euros) et de son alter ego Giraud sur Blueberry de 3200 à 15000 euros, ont fait souffler le grand vent de l’aventure dans le salon feutré du premier étage de l’Hôtel Dassault. Les fantasmagories de Druillet s’échelonnaient entre 3000 et 9000 euros. Les rugueuses créations de Tardy ont trouvé acquéreurs entre 1200 et 30000 euros. Celles de Loisel sur Peter Pan à 5500 euros ou sur La Quête de l’Oiseau du temps à 8500 euros. Tarquin et son Lanfeust à 1300 euros. Vance à 500 euros (Bob Morane) et 3500 euros (XIII)
Des œuvres récentes (anticipation de plus values à venir ?) telles que celles de Pico Bogue d’Alexis Dormal se sont arrachées à ma grande surprise de 1400 à 2800 euros.
Il y avait plus de 700 pièces à vendre ! Une montagne de rêve de papiers, encre de chine, mine de plomb, crayon gras, aquarelle ou gouache. Des rêves d’artistes rejoignant des rêves de gosses (et, ne nous voilons pas la face, de galeristes et d’investisseurs avisés).
Vers 18 heures (la cérémonie avait commencé à 14 heures !) le maillet du commissaire priseur prit des allures de tambour frénétique marquant la cadence dans un navire rempli de riches galériens.
Les ordres pleuvaient aussi bien de la salle, du téléphone (une demi-douzaine d’assistants), que d’Internet. Souvent, ils ricochaient de l’un à l’autre. Certains échanges avaient le parfum de tension d’un match sur le central de Roland Garros. Ping sur ma droite ! Pang sur ma gauche ! 10000. 11000. 12000. 13000 euros. 15000 euros ! Jusqu’à ce que le perdant s’effondre sous le coup d’une ultime offre rageuse ! Han ! Jeu, set et match !
Le marathon s’est terminé vers 19 heures dans une salle épuisée au trois-quarts vide. Les lots défilaient comme des météores de couleurs sous la direction ferme et aimable du commissaire priseur. J’ai vu s’envoler sous mes yeux les celluloïds de célèbres séries japonaises puis de chez Disney. La pellicule est chère autant que le papier.
Lorsque je suis sorti le soleil inondait encore les Champs Elysées. Un type faisait la manche près de la bouche du métro. Ma tête était pleine d’images et de phylactères, de cases magnifiques et de prix qui ne l’étaient pas moins !
Ah, ce Tarzan de Burne Hogarth ! A ce Corto Maltesse ! Deux morceaux de rêve. Heureux propriétaires ! Ou plus exactement heureux possesseurs, car on n’est jamais vraiment propriétaire des rêves que font les artistes.

Précision : il convient d’ajouter à ces prix la commission de la galerie (21 %) et la TVA
Pour voir quelques planches collectées par mes soins (sur Ebay principalement) : c’est ICI!

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