Tout le monde dit qu'il faut créer le buzz, faire parler de soi sur le net. Pas évident sauf à traiter d'un sujet polémique ou d'assassiner un membre d'une minorité quelconque à coup de bouquin !
Si je regarde bien, les trois cinquièmes de mes amis FB sont eux-mêmes auteurs. Ce n'est donc pas sur eux (sauf exception) qu'il faut compter pour acheter mes livres. Ils ont déjà suffisamment de mal à se faire publier et à vendre les leurs !
Un cinquième de ces amis appartient à des connaissances qui ne lisent pas (ils jouent généralement aux jeux dont nous inonde FB).
Quand aux autres... je ne les connais même pas. Et c'est réciproque.
Alors que reste-t-il ? Les amis et connaissances du monde
réel. Mieux vaut avoir beaucoup d'amis et de connaissances. Beaucoup de
collègues de travail avec lesquels vous vous entendez bien. Une famille
nombreuse et… recomposée. Appartenir à des clubs sportifs, littéraires, de
pétanque (non, pas de pétanque !)... Etre inscrit sur "Copains
d'avant", sur "Meetic", etc.
Parmi ces connaissances, il y a ceux qui achètent votre
livre en vous donnant l'impression de vous faire l'aumône ("C'est bien
parce que c'est toi !"). On voit que ça leur fait mal au ventre de mettre
la main à la poche. Ils se sentent presque obligés. Ce sont pourtant les mêmes
qui se précipitent pour acheter les best-sellers ultra-médiatisés pour pouvoir
dire avec la meute au moment de l'apéro "J'ai lu le dernier (à vous de
compléter) ! C'était... heu... bof !"Il y a aussi les amis/connaissances qui n'ont pas compris que pour un auteur, vendre son livre c'est le signe de la reconnaissance de son travail et qui tout fiers vous déclarent "Ouais, je l'ai lu. Je l'ai prêté plusieurs fois !" On découvre alors que le cuistre l'a prêté à toute sa famille en disant "Tiens lis ça, c'est un copain/neveu/beau-frère/collègue qui l'a écrit !"
Souvent, ils pensent qu'un auteur ramasse le pactole pour chaque roman.
Pour faire simple, un auteur lambda touche en gros un euro par livre vendu après impôts. Un livre qui ne bénéficie d'aucune publicité a autant de chance de se vendre qu'un radiateur électrique en plein Sahara. Cinquante, cent..., miracle : deux cents exemplaires vendus ! Le calcul est simple et vous comprendrez que ce n'est pas en étant écrivain qu'on se fait du gras ! Je touche plus d'argent en vendant UNE nouvelle à certaines revues qu'en vendant un livre pendant UN an !
"Il faut faire des salons, des dédicaces dans des
librairies!", me direz-vous. Ah ! Ah ! En région parisienne, les libraires
vous rient au nez et ils ont bien raison. Il faut être un poids lourd de
l'édition pour drainer un peu de monde, et encore ! Les refus détaillés que
j'ai reçus sont édifiants.
Sans parler des difficultés qu'éprouve parfois le lecteur
potentiel pour se procurer le livre. Dix huit jours de délai selon l'un de mes amis
avec la Fnac. Un autre s'est vu répondre "Ah non, je ne travaille pas avec
ce distributeur". Un autre (moi, en fait, lors d'un démarchage pour une
dédicace) : "Je vous en prendrais bien quelques uns, mais si je ne les
vends pas ils vont me rester sur les bras !"Super !
Alors, comme le font certains, on peut se transformer en marchand ambulant et court-circuiter le modèle économique des libraires physiques et virtuels. On vend son bouquin soi-même. On l'achète avec une remise de 35% et on le revend au prix fort. Si on est persuasif et qu'on a un large réseau d'amis/connaissance cela peut être lucratif. Mais il faut aimer ça. Etre un bon commercial. C'est pas mon fort et puis je n'arrive pas à vendre mes bouquins au prix officiel. J'ai l'impression d'arnaquer mon interlocuteur. Souvent, je les donne. Résultat : une perte sèche et pas un remerciement ! ("De toute façon, son éditeur doit lui en donner des tonnes ! Il ne les paye même pas !")
Alors j'ai décidé de changer d'approche. J'ai multiplié les
contacts avec les journaux, les radios, les blogs littéraires. J'ai envoyé des
tas de messages à des gens dont j'ai récupéré l'adresse ici et là. Mais c'est
un peu comme de jeter sa ligne au hasard. On ne sait jamais si ça va mordre.
Des centaines d'envois pour une ou deux touches. Il faudrait que je me constitue un
fichier source parfaitement ciblé. L'idéal serait d'avoir les noms de ceux qui
ont acheté vos précédents bouquins et de les informer qu'en vous en sortez un
nouveau (sinon sans pub, comment le sauraient-ils, hein ?)
Ne croyez pas que je sois amer. Dieu merci, je n'attends pas
après ça pour vivre. Etre édité reste ma plus grande joie.
Et puis, surtout il y a de belles exceptions. De belles
rencontres. Ceux qui comprennent et qui achètent votre livre sans rien dire et
puis vous envoie un message ou une lettre de compliments bourrée d'humour, qui
vous fait chaud au cœur (Jacky si tu me lis, spéciale dédicace pour ton
excellent canular ! Ca a presque marché !). Ceux qui font cent-vingt kilomètres aller-retour pour
vous voir (Khadi....). Ca, ça fait du bien ! On se dit alors qu'on n’a pas
passé deux ans de sa vie pour rien. Que quelques personnes ont apprécié votre
travail.Ce sont d'ailleurs souvent ceux-là qui laissent des appréciations sur les sites (Fnac, Amazon, Babelio...) sans qu'il soit besoin de leur tordre le bras pour qu'il le fasse.
A vous amis sincères, lecteurs fidèles, je vous aime !