dimanche 25 mai 2014

YOZONE donne son avis sur La Plus grande ruse du Diable et autres récits fantastiques

François Schnebelen de Yozone chronique LPGR2D ! 

La voici en version intégrale :

Les recueils de nouvelles, de surcroît de fantastique et d’un auteur français, sont assez rares pour que cette initiative attire l’attention, surtout que « La plus grande ruse du Diable & autres récits fantastiques » met à l’honneur Yves-Daniel Crouzet. 
Ses dernières apparitions dans « AOC » et « Brins d’Éternité » étaient suffisamment marquantes pour éveiller une légitime curiosité.

Dix-neuf récits, dont les sources d’inspiration nous sont données en fin de volume, figurent au sommaire : 9 inédits, les autres étant parus dans divers revues, fanzines et magazines. 
Avec une telle variété, il n’est pas étonnant que certains titres laissent plus de traces que d’autres. Comment oublier cette grande peluche laissée au bord de la route et recueillie par un bon père de famille voulant faire plaisir à ses enfants (“Pandy Panda”) ? Ou encore ce fonctionnaire se vengeant sur des pigeons, car des travaux l’obligent à marcher (“Le pigeon”) ? 
Les exemples de la sorte sont nombreux. Yves-Daniel Crouzet possède l’art et la manière de s’engouffrer dans les brèches du quotidien, de développer un rien pour en tirer la substantifique moelle fantastique. 
Parfois, il en appelle aux grands anciens (Clark Ashton Smith, Lovecraft...), avec un cas de possession dans “L’appartement du père”, une nouvelle remplie d’émotion, ou encore “Scène de crime”, un texte sanglant qui devient inquiétant avec la découverte d’un livre ésotérique. 

L’auteur se renouvelle sans cesse, on n’éprouve pas l’impression de lire la même chose, il sait varier les effets, les sources d’inspiration. “Cat People” n’est pas sans lorgner du côté de la SF. Le monde change en mal, sortir de chez soi pour se nourrir revient à risquer sa vie. Pour un enfant, cela ressemble à un jeu, mais peut-il en comprendre le danger ? “Le retour de mamie Framboise” à la maison rend ses petits-enfants heureux, mais un sentiment de malaise plane. N’était-elle pas morte ? 

L’horreur n’est jamais loin. Sous un soleil étouffant, marcher tient du supplice, aussi lorsqu’une caravane apparaît au bord d’une route isolée, faire une pause semble une bonne idée... “Sur la route”, un autre exemple de l’imagination perverse d’Yves-Daniel Crouzet. 
Dans “Les Griffus”, la police soupçonne des parents de maltraitance, la fillette en donne tous les symptômes, mais contre toute raison son état ne cesse d’empirer. Une nouvelle qui remue les tripes, car une enfant en est victime. 
D’ailleurs les enfants sont souvent la proie de forces qu’ils ne maîtrisent pas. Déjà dans le ventre de leur mère, ils peuvent souffrir de l’attitude égoïste des adultes (“Bonzaï”). La nouvelle donnant le titre de ce recueil “La plus grande ruse du Diable” est symptomatique de cette volonté d’ancrer les histoires dans un quotidien qui dérape, en devient inquiétant. Une question anodine débouche sur une conversation téléphonique surréelle. Là, l’auteur joue aussi bien avec le père effaré qu’avec les lecteurs. 

Les vieillards ne sont pas oubliés. Dans le cas de “La transmigration de Charles Edberg”, un milliardaire a investi une fortune pour ne pas mourir. Il ne recule devant aucun sacrifice... “La ritournelle” met en scène une vieille femme possédant une maison convoitée par un agent immobilier, voyant là une façon de faire fortune. Qui sera le plus malin ? 

À l’occasion, un thème que l’on n’attendait pas du tout réussit à nous surprendre, c’est le cas de “Blanche” avec un agriculteur solitaire et de triste réputation découvrant une femme nue. Il la recueille en premier lieu pour assouvir ses plus bas instincts, puis il se prend d’affection pour elle, même lorsqu’elle commence à dépérir. Une très belle nouvelle à l’idée forte. 
L’auteur use même de la case intimiste dans “Écho” qui nous laisse le temps de quelques pages souffler en agréable compagnie. 

Même si certains textes apparaissent plus lisses, impriment moins notre mémoire, il n’y a rien à jeter. Chaque titre apporte sa pierre à l’édifice et rend ce recueil d’autant plus recommandable. Yves-Daniel Crouzet s’avère diabolique, il joue avec ses lecteurs comme un chat avec une souris. Son imaginaire s’abreuve notamment de notre quotidien, lui donnant un autre relief. Avec lui, une situation innocente, un fait anodin ou normal peuvent déraper vers quelque chose d’effrayant. Attention à l’effet d’accoutumance, à ne pas chercher ce qui est caché dans notre vie de tous les jours, sous peine de jeter d’incessantes œillades derrière nous dans la peur qu’une porte vers l’inconnu s’ouvre. 
L’imagination d’Yves-Daniel Crouzet déteint déjà sur nous ! 

23 mai 2014



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