Les retours au pays ne sont pas toujours triomphaux. On
s’imagine arpenter la voie royale – plus prosaïquement la Grande Rue dans le
cas de Saint-Etienne – pavée de pétales de roses, sous les ovations d’une plèbe
enthousiaste, la tête ceinte d’une couronne de laurier, or on titube sous le
poids de son sac à dos, dans l’indifférence générale, sous un ciel d’octobre,
la nuque raide et le front moite.
Après un voyage en compagnie de l’ineffable Nelson
« Jésus » Monfort, je retrouvai les rues de mon enfance, celles-là
mêmes foulées par Christophe Chalier, mon héros des « Fantômes du
Panassa ». J’arrivai sous le grand chapiteau de la Place de l’hôtel de
ville et me dirigeai aussitôt vers le stand de la Librairie de Paris (LdP) qui
une nouvelle fois m’accueillait. Là, j’eus la désagréable surprise de découvrir
qu’aucune foule impatiente ne m’attendait en scandant mon nom et en chantant
des cantiques et des louanges à ma gloire.
Sur la table, juste en dessous de mon nom écrit en blanc sur
rose, étaient posés quelques livres qui provoquèrent une brusque accélération
de mon rythme cardiaque. En effet, il n’y avait là qu’une poignée de
« Mortelles attractions », mortellement esseulés. Où donc étaient mes
deux autres opus, ces chefs d’œuvre intemporels, ce socle inébranlable sur
lequel j’entends bien bâtir toute mon œuvre future ? Je m’en enquerrai
poliment mais fermement à Isabelle, l’efficace, toujours disponible, charmante
et sympathique représentante de la Librairie de Paris (Je vous assure
qu’Isabelle regroupe toutes ces qualités et bien d’autres, ce qui est
excessivement rare chez une fe… un être humain) Avec un petit sourire navré,
elle m’apprit, d’une part, que « Les Fantômes du Panassa » étaient
épuisés et, d’autre part, qu’elle n’avait pas reçu sa commande d’une quinzaine
d’exemplaires de « Triades sur Seine ». Après quelques borborygmes de
circonstance, je me tournai hagard vers la maigre pile de « Mortelles
attractions » dont mon cher public allait devoir se contenter. Quelle
affreuse situation ! Quelle tragédie !
Dieu merci, Isabelle est une femme prévoyante (Encore une
qualité ! Elle est incroyable, non ?) : elle avait gardé une
douzaine d’exemplaires de « Triades sur Seine » de mon précédent
passage à la LdP. Le problème, murmura-t-elle, c’est qu’elle ne savait pas où
elle les avait rangés. Elle me promit cependant de se lever à l’aube à
l’heure ou blanchit la campagne, le lendemain, pour les retrouver.
Plus inquiet que rassuré, l’oreille basse et le moral
davantage encore, j’appelai un ami et noyai avec lui ma déception dans l’alcool
et la pizza aux anchois. Quelques heures plus tard, ivre de Chianti, je sombrai
dans un sommeil agité, peuplé de fans en colère qui, privés de leur ration de
nouveauté, menaçaient de me lyncher ou d’écrire sur mon corps un énième
« Livre de sang ». J’en émergeai en hurlant le samedi matin, le
visage marqué par mon oreiller et non pas par une plume vengeresse, avec la
certitude que la journée qui débutait ne pouvait être qu’abominable !
(A suivre)
Me voilà tenue en haleine, ça me semble presque un début d'histoire, cette aventure là!!!
RépondreSupprimerWV
Très bien raconté mais le retour au pays natal ne te réussi pas.. peut être que l'année prochaine ces déboires ne se reproduiront pas.. dommage que nous n ayons pu se voir.
RépondreSupprimerAttends de voir la suite ! Y'a un happy end au programme !
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