Il y a des drames dans l'actualité qui vous marquent plus
que d'autres. Peut-être parce qu'ils suscitent l'effarement et
l'incompréhension. Et, parce qu'ils suscitent l'effarement et
l'incompréhension, ils attirent l'attention, appellent la réflexion, demandent
- exigent - un début d'explication.
Malheureusement, le fantastique est parfois la seule réponse
à l’irrationnel, à l’aberration.
"Petite sirène" est mon interprétation d’un fait
divers atroce : une mère qui abandonne son bébé à la marée sur une plage du
Nord de la France.
Ce drame contenait en lui tous les ingrédients d'une bonne
histoire : une poussette retrouvée au bord de l'eau avec des vêtements de nourrisson
à l'intérieur, une inconnue entrevue quelques jours plus tôt avec cette même
poussette et un enfant, la disparition de la femme, sa recherche par la police
et, enfin, la terrible résolution de l'enquête.
J'avais suivi les épisodes de ce drame plein de mystères
dans le journal. Très vite, j’ai eu besoin de le raconter. À ma manière. Je me
suis interrogé sur la façon de l'aborder. Selon un point de vue extérieur ou
celui de la femme au landau ? Et si nous – la société, vous, moi - n'avions
pas compris ? Si notre angle d'approche n'était pas le bon ? Et si la
mère avait finalement eu de bonnes raisons, parfaitement logiques et
respectables, de faire ce geste ? La vérité est ailleurs, n'est-ce
pas ?
"Petite sirène" est un récit poignant sur la
maternité, l'amour perdu, l'espoir en une vie meilleure et sur la différence. Je
l’aime tout particulièrement. C'est un texte qui oscille entre deux
genres : le fantastique et le policier. Au lecteur de le ranger dans l'une
de ces deux cases selon sa sensibilité, son cartésianisme ou son absence
d'icelui.
C’est pourquoi j'ai décidé de l'envoyer en même temps aux
revues québécoises Alibis et Solaris, la première spécialisée dans le polar et
la seconde en SFF.
Mon rêve aurait été que les deux revues l'a publient au même
moment. Un beau coup éditorial. Une belle prouesse pour moi. Cela n'a pas été
le cas. Alibis a tiré la première. C'est donc dans son numéro 54 (printemps
2015) qu'elle paraît avec quelques petites modifications pour la tirer
davantage vers le réalisme et le drame policier.
Modifications mineures, car même ainsi, il ne fait aucun
doute pour moi qu'il s'agit bien d'un drame fantastique.La chronique de Yozone
Les chronique de l'imaginaire
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